DERNIÈRES ACTUALITÉS

UN JOUR, UN PAYS

Italie, les règles du jeu

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

« Les Italiens pourront tout choisir. » Giorgia Meloni a lancé la formule le 8 octobre, peu après l'adoption définitive par la Chambre des députés, au scrutin secret et par 227 voix contre 164, de la loi qui doit encadrer les législatives de 2027. Dans l'hémicycle, des élus du Parti démocrate, du Mouvement 5 étoiles et de l'Alliance des Verts et de la Gauche tenaient des pancartes où l'on lisait « Non à l'arnaque ». Le texte efface les circonscriptions uninominales, revient à la proportionnelle avec un seuil de 3 %, rétablit le vote préférentiel après vingt-trois ans d'absence et réserve une prime fixe de 70 députés et 35 sénateurs à la coalition qui franchit 42 % des voix. Giuseppe Conte parle de loi « liberticide ». Des recours devant la Cour constitutionnelle sont annoncés.

Réécrire le mode de scrutin à l'approche d'une élection n'a rien d'exotique à Rome. Le Porcellum en 2005, l'Italicum dix ans plus tard, le Rosatellum en 2017 : presque chaque majorité a voulu sa loi, et les juges constitutionnels en ont censuré une partie. La nouveauté tient à autre chose.

Au printemps, Giorgia Meloni avait subi sa première défaite nette.

Le référendum des 22 et 23 mars portait sur la réforme de la justice défendue par le ministre Carlo Nordio. Elle séparait les carrières des juges et des procureurs, coupait en deux le Conseil supérieur de la magistrature et prévoyait d'en tirer les membres au sort. Le non l'a emporté. Avec 53,2 % des suffrages, sur une participation de près de 56 %, il a mis fin à trois années de calme relatif. Le sous-secrétaire à la Justice Andrea Delmastro Delle Vedove a quitté son poste dans les jours suivants, et la présidente du Conseil a demandé à sa ministre du Tourisme, Daniela Santanchè, de partir. Et pourtant, vu de l'extérieur, le pays semblait d'une stabilité rare, avec un gouvernement en place depuis octobre 2022 et une coalition, Frères d'Italie, la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia d'Antonio Tajani, qui ne s'est jamais rompue.

Rare, oui. La république a connu près de soixante-dix gouvernements depuis 1946, le décompte variant selon qu'on y range ou non les simples remaniements, et un exécutif durable y reste l'exception. C'est ce qu'avaient voulu les constituants. Sortis de vingt ans de fascisme, ils ont bâti en 1948 un système où la Chambre et le Sénat disposent exactement des mêmes pouvoirs, où aucun homme ne peut confisquer l'État comme Benito Mussolini l'avait fait après la marche sur Rome. Deux ans plus tôt, un référendum avait chassé la monarchie par 54 % des voix. Le Nord avait voté pour la république, le Sud, de Naples à Palerme, pour le roi. On retrouve cette carte dans celle des écarts de richesse.

Car l'Italie est un pays tard venu à l'unité : royaume en 1861 seulement, elle n'a eu Rome pour capitale qu'en 1871. Ses vingt régions, dont cinq à statut spécial, se partagent environ 302 000 kilomètres carrés. Au nord, l'arc alpin ferme le pays sur la France, la Suisse, l'Autriche et la Slovénie, et la plaine du Pô, le plus long fleuve italien, concentre industrie, autoroutes et grandes exploitations agricoles de Turin à Venise, en passant par Milan et Bologne. Les Apennins, eux, courent sur quelque 1 200 kilomètres jusqu'à la pointe de la Calabre, découpant la botte en vallées étroites. Et le sol bouge. L'Etna fume au-dessus de Catane, le Vésuve domine la baie de Naples et une agglomération de plusieurs millions d'habitants, et le séisme d'Amatrice a fait près de trois cents morts dans des villages de montagne que personne n'a fini de reconstruire.

Le Mezzogiorno produit par habitant à peine plus de la moitié de la richesse du Centre-Nord. Tout le pays vieillit : environ 370 000 naissances en 2024, le chiffre le plus bas depuis l'unité, pour un indice de fécondité tombé à 1,18 enfant par femme. Aucune loi électorale n'y peut rien.

Que reste-t-il alors à réformer, quand la démographie et le relief échappent à la loi, sinon les institutions elles-mêmes ? L'enquête Mains propres, au début des années 1990, a emporté la Démocratie chrétienne et le Parti socialiste et ouvert la voie à Silvio Berlusconi. En 2016, Matteo Renzi a perdu son poste sur un référendum constitutionnel. Giorgia Meloni, dont le parti descend du Mouvement social italien fondé après la guerre par d'anciens fascistes, a promis l'élection directe du chef du gouvernement. La loi votée cette semaine n'y parvient pas, mais en impose une version ordinaire, puisque le nom du candidat de chaque coalition sera connu des électeurs avant le scrutin et présenté au président de la République. On peut y voir une manière de contourner, par la loi simple, ce que les Italiens ont montré en mars qu'ils pouvaient refuser par référendum. C'est la lecture la plus juste de ce texte, et c'est aussi celle de l'opposition.

Elly Schlein, secrétaire du Parti démocrate, a demandé ce qui avait changé depuis le 14 juillet, quand la même disposition avait été repoussée. Et Riccardo Magi, de +Europa, estime que la bataille est passée « de l'arène politique à celle des tribunaux ». Lundi, les opposants doivent présenter leur stratégie devant la presse, avec l'espoir d'obtenir un arrêt de la Cour avant le scrutin, ce qui laisse peu de temps aux juges.

Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a quant à lui rappelé que le vote devait se tenir à la fin de la législature, et pas avant.