« Si les conditions ne sont pas réunies, nous ne l'organiserons pas sous cette législature. » Xavier Espot Zamora parlait du référendum sur l'accord d'association entre l'Andorre et l'Union européenne, en septembre, au sortir d'une réunion du Pacte d'État, l'instance où gouvernement, partis et partenaires sociaux suivent le dossier. Le chef du gouvernement andorran venait d'y confirmer la date de la signature, prévue le 19 octobre à Bruxelles, en même temps que celle de Saint-Marin. Il fête ses 47 ans ce vendredi, lui qui est né le 30 octobre 1979 à Escaldes-Engordany, la paroisse accolée à Andorre-la-Vieille.
Ce texte ne change rien. Du moins pas tout de suite. Depuis New York, où il assistait fin septembre à l'Assemblée générale des Nations unies et présentait une déclaration commune des petits États européens, Espot l'a répété en assurant que la signature n'aurait « aucun effet pratique » dans la principauté. L'Andorre, à la différence de Saint-Marin, n'appliquera pas l'accord à titre provisoire. Il faut d'abord que le Parlement européen le ratifie, comme chacun des vingt-sept États membres, avant que les Andorrans votent et que le Conseil général se prononce à la majorité des deux tiers. Bruxelles a déjà repoussé ses échéances. Aucune date n'est fixée. Il a remercié devant la presse andorrane la Bulgarie d'avoir levé son blocage au sein du Coreper, la réunion des ambassadeurs des États membres, tout en vantant un texte qu'il juge très favorable aux intérêts de son pays. « Nous jouons l'avenir de l'Andorre, pour de nombreuses années », avait-il lancé en juillet. Concordia et Andorra Endavant, dans l'opposition, combattent l'accord. Et ses homologues européens, assure-t-il, peinent à comprendre leurs positions.
Pas question pour lui de coupler ce vote avec les élections générales de 2027, et il entend d'ici là mener la législature jusqu'à son terme normal.
Il a grandi dans une famille où la politique et le commerce se croisaient à table. Son père, qui s'appelle lui aussi Xavier Espot, a été ministre sous l'étiquette du Parti social-démocrate, l'adversaire historique de la formation que dirige aujourd'hui le fils. Quant à la parfumerie Julia, une enseigne de la principauté, c'est sa grand-mère maternelle, Julia Bonet, qui l'avait fondée. Sa mère, Melania Zamora, femme d'affaires et médecin, est morte l'année où il a pris la tête du gouvernement. Elle avait 66 ans.
Scolarité au lycée Comte de Foix, puis au Collège Alpin Beau Soleil, en Suisse. Il a ensuite étudié le droit à l'ESADE, à Barcelone, puis les humanités à la faculté de philosophie de l'université Ramon Llull. Greffier pendant quatre ans dans les tribunaux andorrans, puis au Tribunal supérieur de justice, il est devenu batlle, l'équivalent d'un juge de première instance, dans les sections civile, des mineurs et de l'instruction, après un stage au tribunal de grande instance de Toulouse et dans des juridictions barcelonaises. On ne lui trouve, dans les biographies officielles, aucun engagement partisan avant ses 31 ans.
Ce juriste sans carte de parti a pourtant fini par prendre la tête de la majorité. Au printemps 2023, sa liste des Démocrates pour l'Andorre a obtenu avec ses alliés de Ciutadans Compromesos 16 des 28 sièges du Conseil général, soit la majorité absolue, sur une participation proche de 67 %. Il a dit publiquement être homosexuel quelques mois plus tard, au micro de la radio nationale andorrane, et son parti l'a reconduit à sa présidence deux jours après. Mais le second mandat n'a pas tenu toutes ses promesses. Le gouvernement avait misé, pour sortir l'économie du triptyque commerce, tourisme et finance, sur un centre de recherche en immunologie avec le groupe pharmaceutique catalan Grifols. Abandon d'un commun accord en juin 2024. Le chef de file des sociaux-démocrates, Pere Baro, a accusé Espot de se cacher derrière ses ministres Conxita Marsol et Helena Mas sans jamais expliquer l'échec.
Tout avait commencé sous Antoni Marti, qui l'avait fait entrer au gouvernement comme secrétaire d'État à la Justice et à l'Intérieur après sa victoire de 2011. Il est devenu ministre l'été suivant et a gardé ce portefeuille près de sept ans, Affaires sociales en plus. Sa démission, en février 2019, lui a permis de conduire la liste de son parti, qui a remporté le scrutin d'avril sans majorité absolue. Il a fallu négocier. Les Libéraux d'Andorre et Ciutadans Compromesos ont rejoint la coalition, et Espot a prêté serment à la mi-mai.
Reste le logement, qui pèse plus lourd que tout le reste dans la vie quotidienne des Andorrans. Depuis 2019, un régime d'exception gèle les loyers et prolonge d'office une grande partie des baux, si bien qu'environ 20 000 des quelque 25 000 contrats de location du pays y sont aujourd'hui soumis. On paie en moyenne 7,8 euros le mètre carré pour un logement protégé. Pour les baux signés en 2025, la moyenne a dépassé 18 euros, et les annonces en cours affichent plus de 27 euros. La loi de sortie progressive, votée en juin, libère d'abord, à partir de 2027, les contrats les plus anciens et les moins chers, et rend la totalité des baux au droit commun d'ici 2030 ; les nouveaux contrats devront durer au moins cinq ans, avec des hausses plafonnées. Trois partis d'opposition, Concordia, les sociaux-démocrates et Andorra Endavant, ont voté contre. Sur leurs 43 amendements, un seul a été retenu, celui qui interdit aux non-résidents d'exploiter une activité commerciale dans un appartement d'habitation. Les locataires redoutent surtout les reprises de logement par un propriétaire au profit d'un proche, qui permettent de remettre un appartement sur le marché bien plus cher quelques mois plus tard, et la loi se contente sur ce point de contrôles a posteriori et de sanctions alourdies.
Espot a défendu un texte « protecteur et garantiste ». Mais il a aussi admis que l'usure de son équipe tenait pour beaucoup à cette crise, ce qu'un chef de gouvernement en fin de mandat avoue peu souvent en public. À partir du 1er janvier, les ménages qui consacrent plus de 30 % de leurs revenus au loyer pourront demander une aide publique.