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CROATIE - ANNIVERSAIRE

Zoran Milanovic, le président à rebrousse-poil

CROATIE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

« Ce n'est rien. » Zoran Milanovic n'a pas cherché de mot plus diplomate devant les marins réunis, le 18 septembre, pour les 35 ans de la marine croate. La flotte n'a reçu que deux patrouilleurs en onze ans, l'Omis et l'Umag. Parler d'insuffisance serait encore trop aimable, a jugé le chef de l'État, qui commande les armées. Et la corvette promise par le gouvernement ? Huit mois de silence, selon lui. « C'est aussi un ambassadeur », a-t-il ajouté à propos d'un bâtiment de guerre, avant de presser les décideurs financiers de trancher enfin sur des projets restés sur le papier. On devine que ses formules, diffusées en anglais par ses services, ont perdu en route un peu de leur rugosité.

Il n'a nommé aucun ministre, car entre le palais présidentiel et le gouvernement d'Andrej Plenkovic, chef de l'Union démocratique croate (HDZ), la cohabitation dure depuis six ans et n'a jamais connu de trêve. C'est au printemps 2024 que la querelle a pris son tour le plus rude, quand Milanovic, sans quitter ses fonctions, avait annoncé qu'il conduirait la liste du Parti social-démocrate (SDP) aux législatives anticipées pour redevenir Premier ministre. La Cour constitutionnelle lui a opposé une règle simple : démissionner d'abord, ou renoncer à se présenter comme à faire campagne. « À la manière de gangsters », a protesté le président. Il n'a pas démissionné. Sa coalition baptisée « Rivières de justice » a terminé deuxième, et Plenkovic est resté en place.

Né le 30 octobre 1966 à Zagreb, Zoran Milanovic fête ses 60 ans ce vendredi.

Les électeurs ont vite tranché. Dragan Primorac, son adversaire, ancien ministre soutenu par la HDZ, avait fait campagne sur la bonne entente avec le gouvernement. Au second tour, en janvier 2025, Milanovic l'a emporté avec 74,68 % des suffrages, un score que personne n'avait atteint depuis l'indépendance si l'on excepte Franjo Tudjman, élu dès le premier tour à deux reprises. Mais à peine 44 % de participation.

L'homme qu'ils ont reconduit tient sur l'Europe et l'OTAN des positions qui l'isolent souvent parmi ses pairs. Quelques semaines avant l'invasion russe, il avait jugé que l'Ukraine n'était pas prête à entrer dans l'Alliance et qualifié de coup d'État la révolution de Maïdan, si bien que Kiev a convoqué l'ambassadrice de Croatie pour des explications qui ne sont jamais venues. Pas d'excuses. Un site ukrainien de délation, Myrotvorets, l'a même inscrit sur sa liste noire. Au printemps 2022, il a voulu bloquer l'adhésion de la Suède et de la Finlande tant que la Bosnie-Herzégovine n'aurait pas réformé une loi électorale qu'il juge défavorable aux Croates de ce pays, avant de laisser passer les deux candidatures au sommet de Madrid. Quel rapport entre Stockholm et Sarajevo ? Le sort des Croates de Bosnie, pour lui. Milanovic a refusé ensuite l'envoi d'hélicoptères Mi-8 à Kiev, puis la participation de son armée à la mission de l'OTAN chargée de former des soldats ukrainiens. Sur Gaza, il a tenu dès 2023 une ligne que peu de dirigeants européens partageaient : « Le droit à la défense n'inclut pas le droit à la vengeance et au meurtre de civils. »

Il avait conquis la fonction après trois ans de purgatoire. Arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, fin 2019, avec 29,55 % des voix, il a battu la sortante Kolinda Grabar-Kitarovic d'environ 105 000 voix au second et s'est installé au palais en indépendant. La Constitution lui confie peu de pouvoirs, le commandement des armées et une politique étrangère qu'il doit conduire de concert avec le gouvernement. Mais elle lui offre une tribune, et Milanovic ne s'en est jamais privé.

Ses débuts ont pourtant été d'une parfaite orthodoxie. Économiste, son père Stipe a appartenu à la Ligue des communistes et sa mère, née dans la bourgeoisie de Senj, a enseigné l'anglais et l'allemand. C'est du côté paternel, près de Sinj dans l'arrière-pays dalmate, que le grand-père avait rejoint les partisans pendant la guerre. De là, peut-être, une fidélité qui surprend encore dans la capitale, puisque ce Zagrébois de naissance soutient le Hajduk Split, le grand rival du Dinamo local. Marié depuis 1994, il pratique la boxe.

Le droit, étudié à l'université de Zagreb, l'a mené vers les Affaires étrangères en pleine guerre d'indépendance. Stagiaire, il y a servi sous Ivo Sanader, l'homme qu'il affrontera comme chef de l'opposition une quinzaine d'années plus tard. Une mission de l'OSCE l'a envoyé au Haut-Karabakh, puis la diplomatie croate à Bruxelles, comme conseiller auprès de l'OTAN et de l'Union européenne, jusqu'à la fin des années 1990.

En 1999, il a pris la carte du SDP et changé de métier. Ivica Racan, qui avait ramené la gauche au pouvoir, s'est retiré en 2007 et lui a laissé la présidence du parti. Aux législatives de la même année, le SDP a obtenu 56 sièges contre 66 à la HDZ, et voilà le jeune chef de file face à son ancien supérieur, devenu Premier ministre. La revanche est venue quatre ans plus tard, quand la coalition Kukuriku a remporté 81 des 151 sièges et que Milanovic a pris la tête du gouvernement. C'est sous son mandat que la Croatie a rejoint l'Union européenne, mais les électeurs ne lui en ont guère su gré et deux scrutins rapprochés l'ont renvoyé dans l'opposition, puis hors de la direction du parti.

Pas de troisième mandat possible : la Constitution l'interdit, et le second s'achève en 2030. Cet hiver, la presse régionale lui a prêté le projet d'une « liste de Zoran » pour les législatives de 2028. Interrogé par la Deutsche Welle, l'analyste Jaroslav Pecnik y a vu le ballon d'essai d'un homme « enclin aux coups d'éclat ». Il a évoqué, sans le démontrer, un accord avec Sinisa Hajdas Doncic, qui dirige le SDP. Le politologue Ivan Siber a parlé d'un « cirque inutile » qui affaiblirait le parti, et jugé plus crédible un retour de Milanovic à la tête du SDP, qu'il a dirigé neuf ans. De l'intéressé, pas un mot à l'époque.