DERNIÈRES ACTUALITÉS

BRESIL - PRESIDENTIELLE 25/10

Lula et Flavio Bolsonaro, un second tour joué au truco

BRESIL - PRESIDENTIELLE 25/10 Source : Facebook des candidats

À Belo Horizonte, mercredi soir, Luiz Inacio Lula da Silva a pris un jeu de cartes pour expliquer la dernière semaine de sa campagne. On joue au truco dans tout le Brésil, et l'on y relance la mise en annonçant « six », à quoi l'adversaire qui refuse de se coucher répond « neuf ». Son rival avait crié six, a lancé le président dans le Minas Gerais, et il répondrait par un neuf. Mais la partie ne se joue pas sur la sécurité. Elle porte sur des relevés bancaires.

Tout est parti du débat organisé dimanche 18 octobre par la chaîne Band à Sao Paulo, premier face-à-face entre les deux finalistes, où Lula a proposé que chacun lève devant le Tribunal supérieur électoral (TSE) son secret bancaire, fiscal et téléphonique. Ses avocats ont déposé mardi une autorisation sur huit ans, sous condition de réciprocité. Réponse du sénateur le lendemain, une contre-proposition de 19 exigences. Il réclame les données de la famille du président, de ses proches et de ses entreprises, ainsi que tout ce qui touche à la fraude aux pensions de l'INSS et à la banque Master. Jeudi à 11 heures, les deux camps ont formalisé l'échange, à trois jours du vote. Une signature ne garantit pas, a relevé CartaCapital, que les pièces seront examinées avant dimanche.

Égalité parfaite. Le dernier sondage Datafolha, réalisé du 20 au 22 octobre auprès de 2 520 électeurs pour la Folha de S.Paulo et Globo, attribue 50 % des suffrages exprimés à chacun des deux hommes. Une semaine plus tôt, l'institut plaçait encore le sénateur devant, à 51 contre 49. La marge d'erreur étant de deux points, aucun favori ne se dégage. Quaest a donné l'avantage à Flavio Bolsonaro le 14 octobre, Vox Brasil a placé Lula en tête quatre jours plus tard, dans une enquête menée avant le débat. Les deux candidats suscitent un rejet presque identique, 46 % pour l'un, 45 % pour l'autre selon Datafolha, et le bilan du gouvernement partage le pays en deux moitiés, avec 49 % d'approbation contre 48 % de désapprobation. On mesure mal, dans ces conditions, ce qu'un sondage peut encore dire d'un scrutin qui se jouera peut-être à quelques centaines de milliers de voix près.

Les enquêtes de la dernière semaine donnaient Lula devant au premier tour du 4 octobre, et c'est Flavio Bolsonaro qui a terminé en tête avec 47,03 % des voix, contre à peine plus de 45 % au président sortant.

Quelque 2,2 millions de suffrages séparaient alors les deux hommes. Depuis le premier tour, presque tous les éliminés ont choisi leur camp, pas celui de Lula. Augusto Cury, arrivé troisième avec près de 2,9 %, Romeu Zema et Ronaldo Caiado, ce dernier à titre personnel, appellent à voter pour le fils de l'ancien président. Le président n'a obtenu que l'appui de l'extrême gauche, moins de 0,2 % des voix. Renan Santos, du parti Missao, n'a donné aucune consigne à ses 2,7 millions d'électeurs, soit davantage que l'écart du premier tour.

C'est chez les grandes fortunes que le sénateur a essuyé l'attaque la plus dure. Une vingtaine de patrons ont dîné récemment avec lui, dont Milton Maluhy, président d'Itau Unibanco, la première banque privée du pays. Issu de l'une des deux familles qui contrôlent cet établissement, Joao Moreira Salles a publié début octobre dans la revue Piaui, qu'il a fondée, un essai contre le candidat de la droite. Il y décrit un homme « médiocre », « sans histoire et sans idées », qu'il juge « moins un homme politique qu'un nom de famille ». Son frère Walter, dont le film Je suis toujours là a reçu l'Oscar du meilleur film international en 2025 pour avoir raconté l'enlèvement et l'assassinat de l'ancien député Rubens Paiva sous la dictature, reste à peu près silencieux depuis le début de la campagne. On l'a seulement aperçu dans une vidéo du colistier de Lula. Itau parle d'une présence « neutre et institutionnelle » de son président auprès des deux candidats.

Les tribunaux mènent une autre campagne, plus discrète. Devant le TSE, les avocats du sénateur réclament depuis mardi l'annulation de la candidature de Lula pour abus de pouvoir. Ils reprochent au gouvernement l'envoi massif de messages WhatsApp vantant ses programmes sociaux et veulent rendre inéligibles pour huit ans Lula et son ministre de la Communication, Sidonio Palmeira. Le camp présidentiel a riposté en dénonçant une « manipulation algorithmique » qu'il impute à Meta. Dès lundi, saisi par l'équipe de Lula qui accuse l'entreprise de freiner la diffusion de ses contenus, le tribunal avait sommé la maison mère de Facebook, d'Instagram et de WhatsApp de prouver en vingt-quatre heures qu'elle traitait les deux candidats à égalité, sous peine d'une amende d'environ 200 000 dollars par jour. Meta affirme s'y être conformée. Le ministère public électoral en doute. On voit mal le TSE statuer sur le fond de ces dossiers d'ici dimanche, et ils pèseront surtout au lendemain du vote, si l'écart se révèle mince.

L'ancien président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour avoir tenté de se maintenir au pouvoir après sa défaite de 2022, purge sa peine en résidence surveillée et reste inéligible jusqu'en 2030. Mais son parti sort renforcé du premier tour. Au Sénat, renouvelé pour les deux tiers, le Parti libéral a gagné quatorze sièges et en compte désormais 29. Le prochain président devra composer avec un Sénat tiré vers la droite.

Vendredi soir, TV Globo avait programmé un dernier débat, où l'affaire des comptes bancaires devait revenir. Près de 159 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dimanche, de 8 heures à 17 heures à l'heure de Brasilia, soit jusqu'à 21 heures à Paris, et le vote reste obligatoire entre 18 et 70 ans. Les premiers résultats tomberont dès la fermeture des bureaux, puisque le vote est électronique et que le TSE commence aussitôt à publier un décompte mis à jour en continu. Le vainqueur prêtera serment le 5 janvier 2027. Deux jours après le scrutin, Lula fêtera ses 81 ans.