Grêle sur le Néguev, orages sur l'Arava, crues possibles autour de la mer Morte. C'est l'avertissement qu'a diffusé le Service météorologique israélien à la veille du scrutin, pour un épisode attendu à partir de midi. Ce mardi, 7,3 millions d'électeurs désignent les 120 députés de la Knesset. Les bureaux ont ouvert à 7 heures et ferment à 22 heures. On a déclaré la journée fériée et rendu gratuits les trains et les autocars interurbains pour ceux qui votent hors de leur ville. Aucun état-major ne s'est risqué à dire en public ce que la pluie pourrait coûter en participation.
Le pays n'avait pas voté depuis l'automne 2022, ni depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. À 77 ans, Benjamin Netanyahou a passé plus de dix-huit ans à la tête du gouvernement, en trois périodes. Face à lui, un ancien chef d'état-major. Yashar, le parti de centre droit que Gadi Eisenkot a créé il y a un peu plus d'un an, est arrivé premier dans les quatre derniers sondages. Son nom signifie « droit », au sens de la droiture.
Maariv, les chaînes 12 et 13 et la radiotélévision publique Kan lui accordent entre 21 et 23 sièges, devant le Likoud (19 à 21) et la liste Ensemble de Naftali Bennett et Yaïr Lapid (14 ou 15). Additionnés, les partis juifs d'opposition obtiennent de 52 à 56 sièges, contre 48 à 50 pour la coalition sortante. Il en faut 61. Avec un seuil d'éligibilité de 3,25 % des suffrages exprimés, toute voix portée sur une liste éliminée se perd, et celle des réservistes que mènent Yoaz Hendel et Yaron Zelekha oscille justement autour de cette barre. Une réserve de méthode s'impose. Kan donne quatre sièges à ces réservistes quand la chaîne 12 les laisse à 2,4 %, sous le seuil, et sur un tel écart les sondages fournissent un ordre de grandeur, pas davantage.
Mais l'opposition a soigné sa discipline. Fin septembre, Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Yaïr Lapid, Yaïr Golan et Avigdor Lieberman ont signé l'engagement de ne pas s'attaquer entre eux pendant la campagne.
Restent les partis arabes, crédités ensemble de quatorze sièges, que ni l'un ni l'autre camp ne compte dans ses rangs.
Ils ont failli ne pas figurer sur les bulletins. La commission électorale centrale, où siègent des représentants des partis, avait interdit de scrutin Ra'am, la Liste unifiée et le député Ofer Cassif ; la Cour suprême a cassé ces décisions une dizaine de jours plus tard. Les citoyens arabes forment 18 % du corps électoral. Benjamin Netanyahou en a fait un thème de campagne en diffusant une vidéo fabriquée par intelligence artificielle, qui montre Gadi Eisenkot aux côtés de Mansour Abbas, le chef de Ra'am. L'attaque vise juste. Sans les députés arabes, ou au moins sans leur abstention lors du vote d'investiture, aucune des projections publiées ne permet à l'opposition de gouverner.
« Allons-nous continuer encore des années sous un gouvernement qui encourage sans honte la dérobade au service ? » Gadi Eisenkot a posé la question en septembre, à Rosh HaAyin, en présentant ses candidats, puis il a dénoncé les « milliards de shekels » distribués selon lui « à ceux qui ne servent ni ne travaillent ». L'allusion vise les exemptions dont bénéficient les étudiants des yeshivas ultraorthodoxes.
L'ancien général a pris sur Gaza un engagement daté. Mi-octobre, près de la bande, il a promis de mettre fin au pouvoir du Hamas dans les dix-huit mois suivant son entrée au bureau du Premier ministre, soit par le plan de cessez-le-feu de Donald Trump, soit par des opérations militaires. Le Hamas, a-t-il dit, demeure « souverain » et « armé », bien que l'armée israélienne tienne environ 70 % du territoire selon les décomptes officiels. Quant à une commission d'enquête d'État sur les défaillances qui ont précédé le 7 octobre, il en a renouvelé la promesse, et le gouvernement l'a écartée jusqu'ici.
Et à droite, l'unité a ses limites. Itamar Ben-Gvir a refusé de fondre son parti, Otzma Yehudit, dans une alliance avec celui de Bezalel Smotrich, comme le souhaitait le Premier ministre. Avec Smotrich, le Likoud s'est contenté d'un accord de partage des voix excédentaires, après avoir absorbé le petit parti de Gideon Saar. Les derniers jours, Benjamin Netanyahou les a consacrés à la sécurité : son ministre de la défense, Israël Katz, et lui ont mis en garde contre un risque accru d'attentats pendant le vote. Même son cousin Nathan Netanyahou a fait savoir qu'il ne voterait pas pour le Likoud.
Un dernier électorat échappe aux sondeurs. Environ 810 000 inscrits vivent hors d'Israël, et la loi ne leur permet pas de voter depuis l'étranger, à l'exception des diplomates en poste. Quelque 67 000 d'entre eux ont pris l'avion pour voter, d'après les chiffres repris par la chaîne i24news. Pour qui ? Le Jerusalem Post juge leur choix difficile à prévoir, tout en relevant des estimations favorables au bloc du changement. Des affiches de Yashar ont même été placardées à Chypre, à l'intention des Israéliens en vacances sur l'île.
Après la publication des résultats officiels, prévue le 4 novembre, le président Isaac Herzog consultera les partis pour confier à l'un des deux hommes la formation d'un gouvernement, si l'un d'eux peut seulement réunir 61 voix.