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MEMOIRE D'URNES

2 novembre 2014 : Roumanie, le premier tour perdu devant les ambassades

MEMOIRE D'URNES Source : EPOC - création IA

Paris, Londres, Munich. Les bureaux de vote roumains de ces trois villes ont fermé leurs portes à 21 heures devant des milliers d'électeurs qui n'avaient pas encore glissé leur bulletin dans l'urne. Et à Paris, un millier de personnes ont réclamé une prolongation, si bien que la police française est intervenue pour calmer la file. Beaucoup sont repartis convaincus que le gouvernement de Bucarest avait ralenti les opérations à dessein, soupçon dont Radio Free Europe s'est fait l'écho dès le lendemain. Le reproche visait un homme. Titus Corlatean, ministre des Affaires étrangères issu du Parti social-démocrate, avait la main sur l'ouverture des bureaux à l'étranger : 294 pour 95 pays, alors que plus de trois millions de Roumains vivent en Europe et en Amérique du Nord. Le soir même, plusieurs centaines de manifestants ont exigé sa démission devant son ministère, à Bucarest.

Le Premier ministre social-démocrate Victor Ponta, chef de ce gouvernement et favori du scrutin, est arrivé en tête ce dimanche 2 novembre 2014 avec 40,44 % des voix, plus de 3,8 millions de suffrages, alors qu'à peine plus d'un inscrit sur deux s'était déplacé. Dix points d'avance. Le maire libéral de Sibiu, Klaus Iohannis, a suivi à un peu plus de 30 %. Quatorze candidats s'étaient présentés, du jamais-vu depuis 1992. Le classement s'est inversé dans les bureaux de l'étranger, ceux où l'on avait pu voter : 46 % pour Iohannis, 16 % pour Ponta. Au second tour, deux semaines plus tard, la participation a bondi à 64 % et Iohannis l'a emporté avec 54,43 % des voix, porté hors des frontières par près de neuf électeurs sur dix.

Rien de cela ne se voyait encore. Dans son discours, Ponta a remercié ses électeurs et accusé Traian Basescu, qui quittait la présidence après dix ans, d'avoir semé la division. Tard dans la nuit, Iohannis s'est présenté comme le seul capable de garantir l'indépendance de la justice. L'argument portait, parce que Ponta avait tenté en 2012 de faire destituer Basescu par référendum et que Bruxelles comme Washington le lui avaient vivement reproché ; Radio Free Europe rapportait la crainte qu'un président de son camp ne laisse les procureurs anticorruption sans protection, dans un pays entré dans l'Union européenne sept ans plus tôt et qui en restait le deuxième membre le plus pauvre.

Mais la campagne s'était jouée ailleurs. Ponta avait misé sur l'identité orthodoxe et sur le vote rural, entouré de membres du clergé qui le soutenaient. Il avait laissé entendre qu'un Saxon protestant n'était pas tout à fait roumain. La Moldavie, elle, devait rejoindre le pays dans une « seconde grande union » promise pour 2018. Et une vidéo avait circulé, tournée dans une église orthodoxe de Paris, où des militants sociaux-démocrates venus faire campagne se faisaient conspuer par les fidèles. On peut discuter du poids réel de ces épisodes. Pour le politologue Sergiu Miscoiu, l'erreur majeure de Ponta a été de tenir la diaspora à l'écart.

C'est le 10 novembre que Corlatean a démissionné, au profit de Teodor Melescanu, qui avait lui-même brigué la présidence huit jours plus tôt et recueilli un peu plus de 104 000 voix.

Le changement de ministre n'a pas fait disparaître les files, et la London School of Economics a publié le récit d'électeurs de Munich venus dès la veille du scrutin, une brosse à dents dans leur sac. D'un dimanche à l'autre, la participation de la diaspora a à peu près doublé. « Le peuple a toujours raison », a concédé Ponta le soir du 16 novembre, en une seule phrase.

Un an plus tard, l'incendie de la discothèque Colectiv, à Bucarest, a jeté plus de 25 000 personnes dans la rue et Ponta a quitté la tête du gouvernement en invoquant leur « colère légitime ». Son doctorat lui a été retiré en 2016 pour plagiat, et sa candidature indépendante à la présidentielle de mai 2025 s'est arrêtée à la quatrième place, avec 13 % des voix.

Douze ans après, Ponta garde un œil sur la diplomatie. Il a salué sur Facebook, le 16 octobre 2026, le départ annoncé d'Oana Toiu, cheffe de la diplomatie issue de l'Union Sauvez la Roumanie, qui quittait la coalition. Son message s'ouvrait sur « AMR 3 », formule des conscrits qui comptent les jours restants : « Dans quelques jours, la plus grande honte et catastrophe pour la diplomatie roumaine prendra fin. » Luca Niculescu, Premier ministre désigné, avait déposé le soir même sa liste au Parlement, en vue d'un vote d'investiture fixé au 20 octobre.