Dans le département de Guatemala, celui de la capitale et de ses faubourgs, Otto Perez Molina a devancé son adversaire de dix-neuf points. Environ 139 000 voix d'avance. Le général à la retraite n'en a pas moins perdu le second tour de la présidentielle, le 4 novembre 2007, parce que le reste du pays a voté presque d'un bloc pour Alvaro Colom, vainqueur partout ailleurs sauf en Baja Verapaz. On lit dans la biographie du vainqueur publiée par le CIDOB, centre de recherche barcelonais, qu'aucun président guatémaltèque n'avait encore été élu en perdant la capitale. Colom a recueilli 52,8 % des suffrages.
« La main de fer, nous l'avons eue pendant plus de cinquante ans », avait répondu Colom au programme de son rival. Ancien chef du renseignement militaire, Perez Molina voulait davantage de soldats dans les rues. Il se présentait aussi comme le « général de la paix », parce qu'il avait pris part aux négociations qui ont mis fin à trente-six ans de guerre civile, mais des organisations de défense des droits humains lui prêtaient des liens avec le meurtre d'un juge et celui d'un chef de la guérilla. Colom, ingénieur industriel passé par les affaires, en était à sa troisième candidature. Sa première tentative s'était arrêtée au premier tour. Quatre ans plus tard, Oscar Berger l'avait battu au second, où il n'avait pas dépassé 45,9 %. Social-démocrate modéré selon ses propres termes, conservateur sur l'avortement et les drogues, il voulait un Guatemala social-démocrate « à visage maya », lui qui n'était pas indigène mais avait reçu les attributs de prêtre maya, ajkij, sans renoncer à son catholicisme. Il promettait 700 000 emplois et des résultats en matière de sécurité dès ses cent premiers jours.
C'est dans le sang que s'est jouée cette campagne, la plus violente depuis le retour des civils au pouvoir. Une cinquantaine de candidats ont été assassinés, et le service de recherche du Congrès américain arrive à 56 morts en comptant les militants et leurs proches. Et les bilans varient selon qu'on inclut ou non les familles. Encuentro por Guatemala, le parti de la prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu, a été le plus touché. Le candidat de l'UNE accusait le narcotrafic et d'anciens officiers du renseignement militaire, et son propre oncle, Manuel Colom Argueta, ancien maire de la capitale, avait été abattu par des militaires en 1979.
Au premier tour, Colom avait devancé Perez Molina de cinq points, 28 % contre 23 %, loin devant le candidat du parti sortant, Alejandro Giammattei, arrêté à 17 %. La participation avait atteint 60,5 %. Moins d'un électeur sur deux est revenu en novembre.
Le Congrès avait adopté, moins d'un mois avant ce premier tour, la loi créant la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala, la CICIG, que soutenaient les deux finalistes.
Comment lire le résultat ? Un analyste cité par le CIDOB y a vu un refus du retour d'un militaire au pouvoir plus qu'une adhésion à Colom, et la carte va dans son sens, avec une ville qui a choisi la main de fer et des campagnes, où la guerre avait fait le plus de victimes, qui l'ont repoussée. Dans la défaite, Perez Molina a promis une « opposition constructive ». Colom a pris ses fonctions en janvier avec moins d'un tiers des 158 sièges du Congrès. Son épouse, Sandra Torres, a divorcé avant l'élection suivante pour contourner l'interdiction faite aux proches du chef de l'État de lui succéder, et sa candidature a été invalidée malgré tout. Elle a depuis perdu trois seconds tours.
Le général, lui, est revenu au palais en remportant la présidentielle suivante face à Manuel Baldizon. En 2015, la CICIG et le ministère public ont mis au jour La Linea, un réseau de fraude douanière qui remontait jusqu'au sommet de l'État. Privé de son immunité par le Congrès, Perez Molina a démissionné au début de septembre. La justice l'a condamné sept ans plus tard à seize ans de prison. Colom n'y a pas échappé. Arrêté en 2018 dans l'affaire Transurbano, un système de cartes de paiement pour les bus de la capitale, il est mort en janvier 2023, à 71 ans, toujours assigné à résidence. La commission avait disparu entre-temps, Jimmy Morales ayant refusé de renouveler son mandat.
Consuelo Porras, procureure générale sanctionnée par Washington, dirigeait le ministère public depuis huit ans. Le président Bernardo Arevalo a nommé pour lui succéder un ancien juge pénal, Gabriel Garcia Luna, qui a prêté serment en mai. « Une éthique inflexible », lui a souhaité le chef de l'État. Au 25 août, 10,2 millions de Guatémaltèques étaient inscrits pour les élections générales, dont le premier tour aura lieu le 27 juin 2027.