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UN JOUR, UN PAYS

Royaume-Uni, le prix du saumon

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

« La Grande-Bretagne est de retour », a lancé Andy Burnham devant la Chambre des communes le 12 octobre, en présentant le pays à ses alliés comme un partenaire « stable » après dix années de secousses. La formule a fait les titres. Burnham a pourtant passé plus de temps sur des chiffres moins glorieux, ceux d'un poisson. Chaque lot de saumon écossais expédié vers le continent voit ses documents contrôlés sans exception ; un certificat sanitaire coûte jusqu'à 200 livres, une cargaison jusqu'à 1 400, et la filière aurait perdu environ 100 millions de livres d'exportations. À Bruxelles, en novembre, Londres veut renégocier ces règles avec un accord vétérinaire, le raccordement des marchés européen et britannique du carbone et un programme d'échanges pour les jeunes. Le gouvernement chiffre lui-même le gain à plus de 10 milliards de livres par an d'ici 2040.

Élevé dans les lochs marins de l'ouest écossais et autour des archipels du Nord, là où l'Atlantique a creusé la côte en fjords, ce saumon vient d'un pays fait d'îles. La plus grande, la Grande-Bretagne, porte l'Angleterre, l'Écosse et le pays de Galles. Sur l'île voisine, l'Irlande du Nord en occupe le nord-est. L'ensemble couvre quelque 243 000 kilomètres carrés pour près de 69 millions d'habitants, massés pour la plupart dans les basses terres du Sud et des Midlands, autour de Londres, de Birmingham ou de Manchester. Au nord et à l'ouest se dressent des massifs anciens, rabotés par les glaciers. Leur sommet, le Ben Nevis, plafonne à 1 345 mètres. Quant au climat, sa douceur tient à la dérive nord-atlantique, qui réchauffe les côtes de l'Ouest au-delà de ce que voudrait leur latitude.

Une seule frontière terrestre, longue d'environ 500 kilomètres et dépourvue de tout poste de contrôle, sépare le royaume d'un autre État, la république d'Irlande.

Voilà la cicatrice la plus ancienne du royaume. L'Angleterre avait absorbé le pays de Galles au XVIe siècle, puis s'était unie à l'Écosse en 1707 pour former la Grande-Bretagne ; l'Irlande a été rattachée en 1801, avant que vingt-six de ses comtés n'arrachent leur indépendance en 1922, après une guerre. Six comtés sont restés britanniques et ont traversé trois décennies de violences, les Troubles, jusqu'à l'accord du Vendredi saint de 1998. Dans l'intervalle, l'empire s'était défait colonie après colonie, à commencer par l'Inde, alors qu'il couvrait au début du XXe siècle près d'un quart des terres émergées. Le pays s'est alors tourné vers l'Europe. Il est entré dans la Communauté économique européenne en 1973, après deux vetos du général de Gaulle.

Le référendum de juin 2016 a défait ce choix. Mais le camp de la sortie ne l'a emporté qu'avec 51,9 % des voix, et le pays n'a pas voté d'un seul bloc. L'Écosse a voté à 62 % pour rester, deux ans après avoir refusé l'indépendance, et l'Irlande du Nord a fait de même. Comment quitter le marché unique sans rétablir de postes entre Belfast et Dublin ? Pendant trois ans, cette question a bloqué le divorce, effectif en janvier 2020. On a fini par laisser l'Irlande du Nord dans les règles européennes sur les marchandises, ce qui a déplacé les contrôles en mer d'Irlande. Burnham espère alléger ce dispositif et a évoqué devant les députés une baisse possible de 20 % des prix de gros de l'énergie pour les Nord-Irlandais.

Aucune constitution écrite. À sa place, des lois ordinaires, des conventions et des arrêts, sous l'autorité d'un Parlement qu'aucun texte supérieur ne lie, pas même ses propres décisions passées. Charles III règne depuis septembre 2022 sans gouverner. À Westminster, 650 députés sont élus au scrutin uninominal à un tour, un mode qui a offert aux travaillistes 411 sièges en juillet 2024 avec moins de 34 % des suffrages. Édimbourg, Cardiff et Belfast disposent depuis 1999 de leurs propres assemblées, élues à la proportionnelle ; l'Angleterre, elle, n'en a pas.

C'est de ces urnes régionales et locales qu'est partie la crise du printemps. En mai, le Labour a perdu près de 1 500 conseillers municipaux, et Reform UK, le parti de Nigel Farage, a fait son entrée au Parlement écossais avec 17 élus. La chute a été plus brutale au pays de Galles. Dirigeants du gouvernement gallois depuis sa création, les travaillistes y sont tombés à neuf sièges, derrière Plaid Cymru et Reform. La Première ministre, Eluned Morgan, a perdu son siège. John Swinney a gardé Édimbourg pour le SNP, avec 58 sièges sur 129, mais sans majorité.

Au printemps encore, Keir Starmer a dit à l'Observer qu'il voulait dix ans à Downing Street et qu'il combattrait ses rivaux. Son ministre de la Santé, Wes Streeting, a démissionné une semaine après le scrutin. Le même jour, le député de Makerfield Josh Simons a libéré son siège pour Andy Burnham, le maire du Grand Manchester que la direction du parti avait empêché en janvier de briguer une autre partielle. Burnham a remporté Makerfield en juin avec plus de 9 200 voix d'avance. Aucune élection partielle n'avait été organisée depuis 1965 dans le seul but de faire entrer quelqu'un aux Communes. Starmer a démissionné le jour où son successeur y retrouvait un siège. Les parrainages de 379 députés travaillistes, soit 94 %, un record pour le parti, ont fait de Burnham le seul candidat en lice, et il est entré à Downing Street le 20 juillet.

Que fait-on d'une victoire sans combat ? Burnham a choisi de garder les règles budgétaires de Rachel Reeves, tout en l'écartant du Trésor. Ses premières annonces sont modestes et précises : la TVA de 5 % retirée des factures d'électricité des ménages grâce à l'abandon de la carte d'identité numérique, un ticket de bus plafonné à 2 livres hors de Londres en 2027, 340 millions de livres sur trois ans pour en finir avec les sans-abri de longue durée. John Curtice, politologue, a jugé l'embellie travailliste « réelle mais pas massive ». Le mot est juste.

YouGov a mesuré début octobre le Labour à 27 %, Reform à 22 %, les conservateurs de Kemi Badenoch à 20 %, libéraux-démocrates et Verts à 11 % chacun. Il y a donc cinq partis au-dessus de 10 %. Dans un système bâti pour deux, un tel émiettement peut offrir en 2029 une majorité absolue à n'importe lequel des trois premiers. Cette loterie menace le Premier ministre davantage que Farage.

Sur l'Europe, le Premier ministre s'en tient à un dialogue de long terme, et il n'a pas prononcé devant les députés le mot de réadhésion. Son engagement ressemble à une précaution. Il a assuré qu'à toutes les étapes, le public serait « le patron ».