Herty Lewites aurait dû figurer sur ce bulletin. Cet ancien maire de la capitale avait été chassé du Front sandiniste pour avoir voulu affronter Daniel Ortega dans une primaire, et il avait pris la tête de la liste du Mouvement rénovateur sandiniste, où s'étaient réfugiés plusieurs cadres historiques de la révolution. Il est mort d'une crise cardiaque en juillet. C'est son colistier, l'économiste Edmundo Jarquin, qui a repris la candidature, et les sondages lui accordaient plus de 15 %. Il en a obtenu un peu plus de 6.
Environ 3,6 millions de Nicaraguayens étaient appelés ce dimanche-là à choisir un président, 90 députés et les 20 représentants du pays au Parlement centraméricain. Un tiers des bureaux restaient fermés à 8 h 30. Et les cartes d'identité, sans lesquelles personne ne vote, étaient sorties au compte-gouttes. Les observateurs, qui imputaient cette lenteur à un Conseil suprême électoral dominé par les sandinistes, ont estimé la participation autour de 70 %, dans un pays habitué à 80 ou 90 %. On en comptait 16 000 nationaux et 1 800 étrangers, dont Jimmy Carter. Le lendemain après-midi, le dépouillement s'est arrêté à Managua. Des coupures de courant, puis des soupçons sur un logiciel qui aurait modifié des résultats déjà saisis, ont obligé à confronter les procès-verbaux originaux aux chiffres entrés dans les ordinateurs.
C'est Daniel Ortega qui est arrivé en tête, avec 38,07 % des voix. Banquier et ancien ministre, Eduardo Montealegre avait quitté le vieux parti libéral pour fonder l'Alliance libérale nicaraguayenne, et il a terminé autour de 28 %, devant José Rizo, candidat du Parti libéral constitutionnaliste. L'ancien « Commandant Zéro » de la guerre contre Somoza, Eden Pastora, n'a pas atteint 0,3 %. Managua, Leon et la majeure partie du Nord et de l'Ouest ont voté pour le Front, Masaya et Granada pour Montealegre, les terres d'élevage de Boaco et de Chontales pour Rizo. Dans les campagnes, à en croire le vice-président du Conseil électoral, Emmet Lang, les libéraux de Rizo devançaient même les sandinistes d'un point.
Ce score, quelques années plus tôt, l'aurait condamné à un second tour. Il fallait alors 45 % pour l'emporter d'emblée. Ortega avait scellé avec le président libéral Arnoldo Aleman un pacte qui répartissait entre leurs deux partis les sièges de la Cour suprême et du Conseil électoral, et qui abaissait le seuil à 40 %, ou à 35 % avec cinq points d'avance sur le second. Et c'est Aleman, condamné en 2003 à vingt ans de prison pour corruption et plus souvent dans sa propriété qu'en cellule, qui avait choisi les candidats de son parti à la députation. Montealegre n'a pas cherché d'autre coupable : « Le pourcentage nécessaire pour gagner au premier tour est passé de 45 à 35 %. » Un déplacement de moins de 50 000 voix aurait pourtant suffi, aux premières heures du décompte, à ramener l'écart sous les cinq points et à imposer en décembre un second tour que les sondages promettaient à Montealegre.
Battu à trois reprises depuis 1990, le candidat sandiniste ne voulait plus faire peur. Sa femme, Rosario Murillo, a dirigé la campagne et rangé le rouge et le noir du Front au profit d'affiches fuchsia, vert d'eau et jaune. Sur l'air d'une chanson de John Lennon, l'hymne du parti parlait de paix et de travail, et le mot d'ordre de réconciliation a tant circulé qu'un prêtre y a vu, en pleine homélie dans une cathédrale, la marque de l'Antéchrist. Il avait pris pour colistier Jaime Morales Carazo, ancien dirigeant de la Contra, dont il occupait depuis les années 1980 la maison confisquée par la révolution. Restait l'Église. Dix jours avant le vote, l'Assemblée nationale a interdit l'avortement thérapeutique, autorisé au Nicaragua depuis 1893. Les députés sandinistes et libéraux l'ont adopté ensemble, comme le réclamaient les évêques catholiques et les pasteurs évangéliques, et Jarquin a été le seul candidat à s'y opposer.
Dès le lendemain soir, des feux d'artifice ont éclaté dans les barrios de la capitale, alors que les chiffres officiels se faisaient attendre. Une femme, dans un autobus, a lancé : « Mon commandant est mon président ! » Ortega a salué l'attitude « digne et courageuse » de Montealegre, qui promettait une opposition constructive et la fin du pacte, et la Maison-Blanche a fait savoir qu'elle travaillerait avec le nouvel élu. La prestation de serment a eu lieu le 10 janvier 2007.
Il n'a plus quitté le pouvoir.
Sur la place de la Foi, à Managua, pour le 47e anniversaire de la révolution, il a reparu cet été après soixante et un jours d'absence publique. Co-président depuis la réforme constitutionnelle de 2025, qui a placé Rosario Murillo au même rang que lui, Ortega a promis devant des milliers de partisans qu'il n'y aurait plus d'élections dans le pays, puis demandé aux députés de dresser un mur contre ceux qu'il appelle les putschistes. Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a parlé de dictature.
Fin août, réunis en session spéciale à Leon, les députés ont voté à main levée et sans une voix contre : les élections générales prévues en novembre 2026 disparaissent du calendrier, le prochain scrutin est renvoyé à 2028 et tous les mandats passent de six à sept ans. Gustavo Porras, président de l'Assemblée, a résumé : « Notre démocratie dépasse le simple exercice du vote. » Le 3 octobre, Managua a quitté le Parlement centraméricain, où le pays envoyait 20 élus, désignés le même jour que son président, au lendemain d'une résolution de l'Organisation des États américains réclamant la libération des prisonniers politiques. La seconde lecture est fixée au 18 janvier 2027. Elle tombe le jour que le même texte a choisi pour les investitures présidentielles.