HISTOIRE D UN JOUR - 30 AOUT 1991
Un carrefour en flammes, l’aube de l’indépendance azerbaïdjanaise

Le 30 août 1991, le Soviet suprême d’Azerbaïdjan proclame l’indépendance de la république, mettant fin à soixante-dix années d’appartenance à l’Union soviétique. Cette décision intervient dans un contexte où l’empire soviétique s’effondre sous le poids des crises économiques, des tensions nationales et de l’échec du putsch de Moscou qui, quelques jours plus tôt, a discrédité définitivement les tenants de l’ordre ancien. Pour l’Azerbaïdjan, comme pour les autres républiques périphériques, la rupture est à la fois un acte politique et une nécessité historique.
Le pays, situé au carrefour du Caucase et des rives occidentales de la mer Caspienne, possède une histoire marquée par la domination successive des empires perse, ottoman et russe. Son intégration à l’Union soviétique en 1920, après une brève expérience d’indépendance entre 1918 et 1920, avait mis fin à une première tentative de construction nationale. La république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan est alors devenue un rouage essentiel de l’URSS, en raison notamment de ses ressources pétrolières concentrées autour de Bakou, véritable poumon énergétique de l’empire soviétique durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide.
La fin des années 1980 avait déjà vu émerger les signes d’un réveil national. Sous l’effet de la perestroïka et de la glasnost lancées par Mikhaïl Gorbatchev, les sociétés civiles des républiques soviétiques retrouvent une voix et contestent la tutelle du centre. En Azerbaïdjan, ce réveil s’accompagne de tensions avec l’Arménie voisine autour du Haut-Karabakh, territoire peuplé majoritairement d’Arméniens mais rattaché administrativement à l’Azerbaïdjan. Dès 1988, la revendication d’un rattachement du Haut-Karabakh à l’Arménie embrase la région et provoque des violences interethniques, accentuant le désir d’émancipation vis-à-vis de Moscou qui semble incapable de régler le conflit.
La répression du « Janvier noir » en 1990, lorsque l’armée soviétique intervient à Bakou pour mater les manifestations nationalistes et indépendantistes, fait des centaines de victimes et accélère la rupture entre la population azerbaïdjanaise et le pouvoir central. Ce traumatisme forge une mémoire collective douloureuse mais aussi une volonté accrue de se libérer du joug soviétique.
L’échec du putsch d’août 1991 à Moscou offre alors une fenêtre décisive. Tandis que le pouvoir central vacille, le Soviet suprême d’Azerbaïdjan adopte la Déclaration sur le rétablissement de l’indépendance d’État. Cet acte se veut à la fois une continuation de la République démocratique d’Azerbaïdjan de 1918-1920 et une rupture définitive avec l’Union soviétique. La décision du 30 août n’est cependant qu’une étape : elle sera confirmée le 18 octobre 1991 par l’adoption de l’Acte constitutionnel sur l’indépendance, puis validée par un référendum en décembre de la même année.
L’indépendance place l’Azerbaïdjan face à des défis immenses. Politiquement, la transition est marquée par l’instabilité, les luttes de pouvoir et la guerre du Haut-Karabakh, qui dégénère en conflit armé ouvert avec l’Arménie. Économiquement, le pays doit affronter la désorganisation héritée de l’économie planifiée soviétique et chercher de nouveaux partenaires, notamment dans l’exploitation et l’exportation de ses hydrocarbures. Socialement, l’éclatement de l’URSS provoque des déplacements massifs de populations, des réfugiés fuyant les violences interethniques et un climat d’incertitude générale.
Pourtant, l’événement du 30 août 1991 reste une borne fondatrice. Il scelle la renaissance d’un État azerbaïdjanais souverain et ouvre la voie à une recomposition du Caucase. Dans le concert des nations post-soviétiques, l’Azerbaïdjan cherche alors à s’affirmer en tirant parti de sa position stratégique entre l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Europe, ainsi que de ses ressources pétrolières et gazières qui suscitent l’intérêt des grandes puissances.
Au-delà des difficultés de la transition et des conflits qui s’ensuivent, la proclamation d’indépendance du 30 août 1991 symbolise la fin d’une ère et le début d’un chemin incertain vers la souveraineté. Elle traduit le basculement d’une région longtemps dominée par les logiques impériales vers un avenir national encore en construction.